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Juste après la fermeture des bureaux, au niveau des esplanades, aires de parking ou terrasses, de nombreux et bruyants attroupements nous auront intrigués. Rien de menaçant, bien au contraire : comme un peuple se retrouve en mouvement, en couleur et en musique. Mais quelle raison le conduit à s’adonner ainsi à des séances sans fin d’aérobic en plein air ?

On aura par hasard entendu s’exalter un ex-Premier ministre sur les bienfaits de ces manifestations sportives et spectaculaires pour tenter de battre des records de participation à des rassemblements de gymnastique grand public. Inciter les citadins à bouger, danser et suer en rythme : belle initiative reprise dans toutes les villes de province où des profs, souvent bénévoles, orchestrent des chorégraphies connues des habitués et confuses pour les débutants.

À chacun sa façon de pratiquer ; on admirera ceux qui se dandinent avec fluidité et aisance face à d’autres plutôt raides et endoloris, sans obligation de s’exténuer jusqu’à la fin du cours. Pour l’occasion, concourir avec détachement, s’agiter en cadence, oublier la chaleur écrasante et transpirer sainement ; à défaut, choisir l’alternative de venir le matin pour savourer une ambiance plus intime et tout aussi énergique.

Cette mode bien occidentale a pour concurrence des récréations plus romantiques comme la danse de salon qui commence à sévir sur des parvis, pour des couples hésitants face à des instructeurs exigeants. Que l’on se rassure, les sports nationaux ne sont nullement menacés : la boxe thaïe reste l’apanage des cogneurs et des tatoués, sans oublier les parieurs et la foule des grands jours.

Et pour l’étonnant sport collectif du takraw, on continuera de s’enthousiasmer devant les acrobaties de deux équipes se renvoyant de quelques passes et coups de pied spectaculaires une balle en rotin tressé. D’ailleurs, ce sont d’autres rencontres, dans des cours ou terrains vagues cette fois, qui incitent ces amateurs à faire des voltiges impressionnantes, semblables parfois à des enchaînements de boxe thaïe, tout ça pour se passer cette balle ou viser le camp adverse sans laisser cette dernière toucher le sol, un bras ou une main.
On expérimentera quelques tapes amicales sans prétention, de façon très basique ; de toute manière, si l’on veut sauter sans élan pour lever un pied à plus de deux mètres de haut, frapper avec rage puis retomber en pirouette arrière, il faut beaucoup de légèreté et de précision et l’on ne peut rivaliser avec ces experts qui rapportent points et trophées lors de nombreuses compétitions.

Pour se divertir de façon beaucoup plus modérée, choisir alors un autre type d’échange et pratiquer, sans complexes, la pétanque. Le soir venu, défier innocemment des adeptes thaïlandais pour tomber face à de véritables professionnels aux multiples titres internationaux !

Jean Maury
Version révisée par les éditions Gope, février 2017

Texte extrait de Sous le ventre de l’éléphant blanc qui peut être acheté ici

© illustration : International Takraw Academy