Livres ayant pour thème ou cadre l'Asie du Sud-Est

Bangkok - En attendant la séance de cinéma

TEMPS DE LECTURE : 2 minutes.


Dans son choix hétéroclite de salles de cinéma, la Thaïlande vacille entre technologie et tradition. EGV, Megaplace Cineplex, IMAX 4D sont à essayer pour découvrir le IIIe millénaire. Cinémas de rue, champs aménagés lors d’une fête locale ou antiques amphithéâtres restaurés conservant des bancs d’origine : ici on s’amuse d’une autre époque avec les sous-titrages décalés d’un film chinois décoloré. On entend des spectateurs applaudir ou chercher à comprendre la magie du septième art. Art populaire et de toujours, aller au cinéma en Thaïlande peut parfois s’avérer singulier.

Les spectateurs habitués ou présents pour la première fois sont rassemblés là ; on éteint les lumières, obscurité intime, on s’impatiente avec des publicités et des bandes-annonces, devenant critiques intraitables pour quelques minutes. C’est enfin l’heure ! Coutume locale d’une culture millénaire, une voix off annonce de façon claire et sans ambiguïté : Merci de bien vouloir vous lever en respect à Sa Majesté le Roi. On dépose délicatement le pot de pop-corn sur son fauteuil, on se lève volontiers pour écouter l’hymne royal et admirer un documentaire montrant la grandeur et la sérénité du Siam. Les notes finales, solennelles et pleines de rythme, résonnent encore dans la tête. On retiendra les derniers mots – tchaï-yo! – prononcés a capella par une chorale d’enfants dans une version festive de cet hymne. Bel exemple de patriotisme et de respect, on adhère sincèrement, sans avoir compris l’ensemble des paroles toutes glorieuses et populaires, encore surpris d’avoir eu à saluer ainsi le pays hôte dans ce lieu aussi peu propice à des traditions monarchiques. Pas encore assise, la voisine de derrière nous interpelle : à cause de notre taille, elle n’a pas pu apprécier stoïquement cet hymne en images qui lui tient à cœur. Courtoisement, il faut se décaler, on trébuche et le pot de pop-corn se renverse, une odeur salée se répand. On prend le temps de terminer une toute dernière poignée pour se rassasier avec une autre gorgée de soda qui fait passer le tout. Après cette ouverture magistrale et si naturelle, tout est désormais prêt pour apprécier les premières images de la séance.

Le film aura été plaisant. On se souviendra de cet événement d’avant-film qui, l’étonnement désormais passé, se fera familier et même coutumier : on appréciera d’autant plus, tout en le reconnaissant de la même façon, le bel hymne national joué quant à lui, tôt chaque matin et chaque soir en attendant une journée qui démarre ou une soirée qui s’anime.

Jean Maury
Version révisée par les éditions Gope, janvier 2017

Texte extrait de Sous le ventre de l’éléphant blanc qui peut être acheté ici

© illustration : drburtoni, 2015

Maison d’édition indépendante ayant pour vocation de faire découvrir la Thaïlande, Hong Kong, la Malaisie, l'Indonésie, le Cambodge... par le livre

Paiements sécurisés avec
© GOPE ÉDITIONS 2021
Réalisation
Christophe Porlier