Livres ayant pour thème ou cadre l'Asie du Sud-Est

C’est arrivé à Singapour

En prévente
Alain Guilldou
Nouvelles
11 x 17 cm
108 pages
ISBN 979-10-91328-79-1
12,50 €
livraison comprise
Expédié sous 4 à 5 jours (France)

Résumé

Connue pour son extraordinaire réussite économique et son architecture avant-gardiste écoresponsable, la cité-État rassemble une population multiraciale et multiconfessionnelle vivant dans des quartiers huppés ou populaires hauts en couleur.

Ses lois strictes, qui en ont fait un modèle de propreté et de sécurité, et sa culture, valorisant l’ambition et le travail, peuvent faire de « la Ville-jardin » un paradis étouffant auquel on souhaite parfois échapper.

Ajoutez à cela les superstitions, sous-jacentes chez tous, et l’imagination va s’envoler. « Sang d’encre », « Le bateau pour Oulan-Bator » et « Notila », les trois nouvelles qui composent ce recueil, où le miraculeux se mêle au drolatique, en sont l’illustration.

L'auteur

Auteur de livres scolaires, mais aussi de récits de voyage et de guides concernant le Japon et la Chine, entre autres destinations, Alain Guilldou enseigne régulièrement à Singapour avec laquelle il a tissé des liens particuliers.

Extrait

Sang d’encre

Nouvelle d’Alain Guilldou

[…]

Ce matin-là, Jacelyn était partie en claquant la porte, laissant Lim les bras en guimauve et le cœur au bord des lèvres. Il aurait juré sur sa vie que s’il était pour quelque chose dans leur brouille, ce n’était quand même pas sa faute.

En T-shirt et en culotte, la tenue qu’elle adoptait pour leurs séances physico-psychiques, la jeune femme l’avait déshabillé lentement, selon le rite convenu, avant de le masser. Il s’était rapidement mis sur le ventre afin qu’elle ne voie pas qu’il était prêt pour une nouvelle expérience hors laboratoire. Jacelyn n’avait jamais pris de cours de massage. Elle comprenait les corps. Du bout des doigts, elle étalait longuement l’huile d’argan, relaxant Lim autant qu’elle l’électrisait. Il n’était pas convaincu des bienfaits médicaux des mains de sa compagne, mais, sur fond de musique zen, cela valait aisément la jouissance de la dégustation d’une douzaine de mangues juteuses.

Elle enfourcha son compagnon en se frottant les mains, puis fit glisser lentement la serviette duveteuse dont il s’était recouvert le dos comme le fait un champion avec un drapeau pour faire un tour d’honneur. Cela faisait partie du jeu. Mais, la serviette à moitié ôtée, prête à être rejetée sur la droite du lit pour de nouvelles aventures, leur vie a soudain basculé.

— Ben, qu’est-ce qui t’a pris !? hurla Jacelyn.

D’une voix rendue nasillarde par l’oreiller dans lequel il avait plongé la tête, Lim demanda :

— Quoi ?

Jacelyn lui donna avec férocité une claque entre les omoplates, ce qui n’était pas au programme sur les réactions sensorielles de l’Homo sapiens. Puis elle contempla avec incrédulité le dos où saillaient les muscles qu’elle connaissait aussi bien que Rodin ceux de son Penseur. Mais là, cette peau ne déclenchait aucune vibration.

— Je croyais que tu détestais cela ! lâcha-t-elle avec une franche hostilité.

Bien sûr, c’était son corps à lui et il en disposait à sa guise, n’empêche qu’il exhibait la preuve d’un nouveau mensonge.

Le jeune homme se retourna et s’appuya sur un coude, l’air ahuri.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Tu le demandes ! dit-elle, offusquée.

— Mais enfin, explique-toi.

— C’est à toi de m’expliquer. Tu m’as toujours dit que tu détestais les tatouages !

— Je les ai en horreur, je te le confirme.

Jacelyn eut envie de lui coller une gifle, mais elle se retint. Elle retint aussi ses larmes qui tentaient de prendre le dessus sur la colère. Peut-être qu’une autre fille ne se serait pas mise dans un tel état, seulement, c’était plus fort qu’elle. Instantanément, elle détesta ce type.

Alors Lim s’est assis, affichant la tête du rat pris au piège. Et comme le rat attaque pour sauver sa peau, dents et griffes dehors, il se leva brusquement, prit Jacelyn par les épaules et la secoua comme une bouteille de sirop avant utilisation.

— Lâche-moi, tu me fais mal !

Faisant par réflexe appel à la pratique des sports de combat qu’on lui avait enseignée à l’école, Jacelyn se défit de l’étreinte de son compagnon et, du plat de la main, le repoussa sur le lit où il atterrit les quatre fers en l’air en se demandant ce qu’il lui arrivait.

La jeune femme était flouée. Encore un mensonge. Le plus patent qui soit. Le mensonge de trop. Où s’arrêterait Lim ? Puisqu’il fallait, a priori, qu’elle lui mette les points sur les « i », pour que la discussion passe au climax de l’acte 3, elle dit :

— Ton tatouage !

— Quel tatouage ?

Une telle mauvaise foi désarma Jacelyn, qui crut devoir insister sur chaque syllabe :

— Ton ta-tou-age dans le dos !

Lim haussa les épaules.

— Je n’ai jamais eu de tatouage. Ni dans le dos, ni ailleurs. Tu m’as suffisamment vu tout nu pour le savoir.

Jacelyn se sentait glisser dans la peau du policier qui frôle la crise de nerfs en interrogeant un criminel pris le couteau en main devant sa victime qu’il a charcutée par sadisme, et qui affirme qu’il n’a rien fait. Elle respira profondément. Le mal que Lim lui faisait en jouant une fois de plus la comédie de l’innocence l’horripilait.

— Arrête de te foutre de moi. Tu as un tatouage dans le dos ! Tu ne vas pas prétendre que tu ne le sais pas ?

— Je t’assure que je ne comprends rien à ce que tu me racontes ! plaida-t-il.

Sa voix sonnait juste, le fourbe, et seul un comédien était en mesure d’arborer pareil visage de faux cul, les deux sourcils tentant de rejoindre son cuir chevelu. D’un air moqueur, il demanda :

— Et il représente quoi, ce truc ?

— Je n’en sais rien, balbutia la jeune femme.

— Comment, tu n’en sais rien ? J’ai un tatouage oui ou non ?

L’incapacité de Jacelyn à décrire ce qu’elle voyait adoucit momentanément sa véhémence.

— Évidemment que tu en as un. Tourne-toi que je regarde de plus près.

— Où est-il exactement ? insista Lim sur un ton qui commençait à trahir une certaine appréhension. À gauche ? À droite ?

— Sur la droite.

— Je demande à voir !

Le jeune homme se leva pour aller dans la salle de bain. Sa compagne resta au lit, d’où elle l’entendit râler. Pas facile de voir si un bouton vous décore le dos. On a beau se contorsionner, on dirait que le miroir, pour peu qu’il soit petit, fait tout son possible pour vous rendre la tâche impossible.

— Viens !

Jacelyn rejoignit Lim pour l’aider à diriger son dos le mieux possible en face du miroir fixé au-dessus du lavabo, mais rien à faire ! Si le tatouage avait représenté un aigle aux ailes déployées d’une omoplate à l’autre, nul doute que le miroir n’aurait pas pu jouer les cachottiers. Dans le cas de Lim, le tatouage longeait le côté droit de sa colonne vertébrale, au plus près de la rondeur des vertèbres.

— Mais ça ressemble à quoi, nom de Dieu ? s’écria-t-il.

— Je ne sais pas au juste. C’est à l’encre bleue. Attends.

La jeune femme courut chercher son téléphone, les fesses sautillantes dans sa petite culotte transparente, puis elle se mit derrière Lim.

— Bouge pas !

Quand elle s’approchait trop, elle n’avait pas l’ensemble. En restant éloignée, cela devenait illisible. Elle prit plusieurs clichés et les mit sous le nez de Lim.

— Tiens, regarde, sale menteur !

Le jeune homme afficha l’air stupéfait qui faisait partie intégrante de son déguisement de charlatan. Pourtant, Jacelyn crut lire 90 % de contrariété dans son regard. Peut-être le tatoueur, facétieux, ne lui avait-il pas tatoué ce qu’il avait demandé. Quand il travaille sur le milieu du dos d’un client, l’artiste a les mains libres. Et après, c’est trop tard !

— Je n’y comprends rien ! fit Lim d’une voix éteinte.

— Ce n’est pas ce que tu as demandé ?

— Mais je n’ai rien demandé du tout. À personne, je t’assure.

Là, il a rendu Jacelyn folle.

— C’est pendant que tu dormais comme un bienheureux qu’un tatoueur fantôme est entré chez nous par effraction pour t’encrer ce joli charabia. Et sans nous réveiller ! Remarque, c’est sympa, il te l’a fait gratuitement.

Lim ne réagit pas à la remarque. Il s’enferra dans sa mascarade :

— Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce qui est écrit, je veux dire. Ce n’est pas du chinois ?

Le tatouage occupait une surface d’environ dix centimètres de hauteur sur un centimètre de large. Des signes, des idéogrammes, une trentaine à vue de nez, serrés les uns contre les autres par instinct grégaire.

— Tu le vois comme moi que ce n’est pas du chinois. Je ne connais pas toutes les langues du monde, mais je sais visuellement en reconnaître certaines. Ce n’est pas du coréen, ni du thaï, et ce ne sont pas non plus des caractères latins.

— Je te jure que je n’y comprends rien, clama Lim.

— Ta gueule ! répliqua la jeune femme en tournant les talons.

Elle récupéra vivement son soutien-gorge, son jean, son polo, ses tennis. Elle enfourna trois rechanges dans un sac à dos et abandonna Lim plus désemparé qu’un ours blanc dans le désert du Ténéré.

[…]

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