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Bangkok - Rejoindre la rive en bateau-bus

TEMPS DE LECTURE : 3 minutes.


Pour traverser Bangkok, il existe bien des façons : du moderne métro aérien donnant l’impression de voler à celui, souterrain, image des villes du XXIe siècle, faisant un instant oublier les bouffées de chaleur et les averses tièdes du dehors. Mais pourquoi dans cette ville si surprenante aller prendre un transport plus rapide, plus confortable, plus aseptisé et finalement si peu original alors que cette Venise de l’Asie du Sud-Est est desservie par des canaux navigables et un fleuve vivifiant ?

Clichés banals de barques dans les méandres d’un marché flottant ou d’une péniche panoramique pour un dîner romantique ; clichés confidentiels des bateaux-bus que les Bangkokiens empruntent d’ordinaire pour s’extirper d’un quartier encombré et se rapprocher d’une grande artère de la ville ; bateaux-bus se faufilant dans des khlongs insoupçonnés passant entre des tours, des baraquements ou d’antiques maisons sur pilotis.

Prendre cette chaloupe régulière débute par la recherche d’un embarcadère quelque part derrière un temple, une école ou un parking de livraisons d’un centre commercial. Parfois, une enseigne bleue perchée sur un poteau entortillé de fils noircis pointe vaguement une direction ; pas vraiment d’horaires, juste la certitude que les gens présents sur le quai sont également là dans l’attente du passage providentiel. La plate-forme en bois a encore son petit banc qui sert de garde-corps, on souhaiterait s’y appuyer mais, intrigué par la dizaine de clous ou bouts de corde qui parfois renforcent parfois accentuent des fissures trop apparentes, on préfère dans l’incertitude rester debout, bien à l’écart.

Belle discipline des usagers, futurs croisiéristes, recherchant dans leurs poches de quoi payer le prix du voyage ; on attend impassible en regardant ce canal si lourd, si opaque : est-il profond ? Y a-t-il vraiment des crocodiles échappés du zoo de Samut Prakan qui auraient trouvé refuge dans une épave à moitié coulée ?

En attendant, des enfants y plongent depuis le quai d’en face, quelques vieilles femmes lavent du linge et l’on voit passer rapidement deux ou trois bateaux long-tail qui éclaboussent des passagers insouciants.

Voilà ! Le bateau-bus arrive à toute fumée, il prépare sa manœuvre, ne sort surtout pas les cordages d’amarrage et l’on se pousse gentiment pour sauter au bon moment. Mieux vaut y aller, car il semble déjà bien plein et ce serait dommage de rater la montée. Le capitaine lève l’arbre du moteur, immédiatement moins de vagues, instant ultime pour s’engouffrer dans ce ridicule transport. L’hélice replonge dans l’eau, un petit coup de sirène pour annoncer le début de l’épopée fluviale. Dans un nouveau vacarme, le bateau prend son élan, le jet fonce au gré des vaguelettes.

Il faudrait absolument prendre en photo ce pêcheur amateur embusqué en équilibre sur une rambarde de fortune, mais on n’ose pas bouger de peur d’être inopinément aspergé. Au fait, où faut-il descendre ? Au terminus de Panfa Leelard, ce sera parfait !

Le voyage fut héroïque entre des ponts trop bas où il a fallu baisser la tête, la tentative d’abordage par une barque en sens inverse, l’arrêt manqué pour récupérer le temps perdu à repêcher une passagère passée par-dessus bord. Heureusement, elle savait nager, les enfants l’avaient invitée à se baigner tandis qu’une grand-mère s’obstinait à refaire une nouvelle lessive.

Jean Maury
Version révisée par les éditions Gope, janvier 2017

Maison d’édition indépendante ayant pour vocation de faire découvrir la Thaïlande, Hong Kong, la Malaisie, l'Indonésie, le Cambodge... par le livre

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