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Bangkok - Prendre une moto-taxi à la volée

TEMPS DE LECTURE : 3 minutes.


On s’était juré de ne jamais zigzaguer dans les embouteillages de Bangkok et puis il a fallu s’y contraindre, faire comme les riverains habitués, comme pris de court, voire de panique, à l’idée d’être en retard. On lui aura fait signe à cette moto-taxi, au premier conducteur venu, en espérant qu’il soit le plus prudent du groupe s’éternisant à l’entrée de la ruelle. De toute manière, ce service de transport est disséminé à chaque carrefour et descente de bus.

Trop faciles à repérer, avec leur gilet rouge, rose ou bleu floqué du nom de leur quartier d’origine ; en petit comité, à l’affût de n’importe quel quidam, ces motards sont occupés à compter les aller-retour et cocher sur un tableau noir leur ordre de passage.

C’est une vraie organisation, avec ses codes et tarifs, une petite marge de négociation pour obtenir un rabais, mais à quel prix ? Vu le risque encouru, la course doit être rentable en temps, carburant. De la petite motocyclette 50 cm3 à celle, lourde, de compétition, on aimerait avoir le choix, mais il faut se contenter de la première disponible, d’un motard à la carrure trop fluette pour conduire un engin visiblement trop lourd pour lui et de sa négligence à ne mettre qu’une vulgaire casquette, au mieux un casque de chantier. Bien tenter d’attraper un couvre-chef, mais celui proposé est pire, fin comme du papier, sans sangle et encore mouillé de la dernière pluie ; pas d’autre choix que d’accepter.

Ne serait-on pas trop exigeant à réclamer cette protection en voyant dans les rues tant de deux-roues sans casque, et tant de familles chevauchant une unique moto surchargée avec un pot d’échappement raclant le bitume ?

Alors, vu que l’heure avance, que les bouchons bloquent, que la chaleur irradie, la discussion tourne court pour grimper sur l’engin, s’accrochant comme on peut sur la poignée, la coque et le phare arrière mal fixé. Quant au casque, trop petit, il tiendra tout seul, bien enfoncé sur la tête. Le demi-tour immédiat sur la voie en sens inverse donne le ton. On avait cru que s’arrêter au feu rouge était obligatoire, de même que rouler à contresens interdit ou se faufiler entre les bus impossible, mais il le fallait pour éviter d’être pris en sandwich, traverser les bouchons et capitaliser le temps de parcours.

Regretter amèrement ce choix, fermer les yeux pour que la fumée des pick-up ne vienne pas trop piquer, éviter d’être déséquilibré en regardant sa montre, rester serein quels que soient les véhicules déboîtant sans prévenir devant notre malheureux motard.

Heureusement que l’on ne s’est pas laissé piéger par des touk-touks, car ces derniers, trop larges, stagnent sur une file à l’arrêt, avec à leur bord des touristes qui semblent, eux, plutôt amusés.

Dernières heures ou, plutôt, dernières minutes qui se terminent par l’escalade de marches sur un trottoir défoncé et par des à-coups à tasser encore plus une colonne vertébrale. À la coupure nette du moteur, c’est indubitablement fini ; s’extirper de l’engin tout en regardant autour de soi, prudent et rassuré finalement, plus de peur que de mal. Quoique : le chauffeur semble cacher sur ses bras des cicatrices, conséquences de chutes bien réelles, peut-être pas de moto, il est vrai. De toute manière, la prochaine fois, choisir obligatoirement une énorme moto et un motard tout tatoué pour frimer tel un caïd au milieu de la ville des anges.

Jean Maury
Version révisée par les éditions Gope, février 2017

Texte extrait de Sous le ventre de l’éléphant blanc qui peut être acheté ici

© illustration : Thai Bliss Travel

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