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Bangkok - Les massages du Wat Pho

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Comme un rendez-vous obligé, un immanquable de tout passage par Bangkok, lors de l’incontournable visite du majestueux Wat Pho, ne pas ignorer l’école de massage de ce temple.

Une fois passé les filtres de vendeurs et de rabatteurs déclarant à tort, afin de détourner les pèlerins vers une zone plus mercantile, que le site est fermé, on pénètre dans ce royaume par la grande porte. Pagodes, stupas, statues de marbre, fabuleux décorum pour s’extasier d’une religion qui n’en est pas une. Bouddha couché, ribambelle de bols antiques, salle de prière, parfum d’encens et chants pour vous accompagner dans les ruelles ; on y croise des bonzes de tout âge, de toute confrérie, avec leur robe sans artifice, des nonnes et des novices en séminaire. Dans ce recueillement, les visiteurs trop pieux ou trop pressés manqueront à jamais l’expérience : bien établi et de bonne réputation, un bâtiment au creux de cette enceinte abrite des salles de massage traditionnel.

À leur démarche légère, suite à une douleur débarrassée, on reconnaît les patients quittant ces salons, certains embaument même d’herbes médicinales. Ticket au prix modique, petite file d’attente, regard incrédule au travers de portes vitrées sur des individus allongés et crispés ou sur des manipulateurs extirpant un bras, tirant une jambe, s’affalant sur un cobaye et pétrissant lourdement un dos bien raide. À l’appel, plus question d’hésiter ou de faire mine d’avoir trop mal, se changer et enfiler un pantalon trop court, se laisser tomber sur un large matelas, puis recevoir dans les règles de cet échange le salut et la courte prière du masseur. D’abord souple et ample, puis bien appuyé sur des points douloureux ou plus largement sur toute une surface, le masseur sans complexe y va de tout son poids.

Tout y passe, des doigts de pied que l’on croyait endoloris aux oreilles mises en sourdine, et cette façon fantaisiste de tirer les cheveux. Les muscles se délient, les tendons craquent sans lâcher, cette douleur ne dure que le passage de ces mains, pieds ou coudes du masseur devenu marteau-piqueur et rouleau compresseur. Il alterne d’un mouvement à l’autre, s’amusant de nos belles grimaces qui se transforment in fine en sourires et ravissement, car ce sont désormais des oreillers en soie et des bouquets de plumes qui glissent sur le corps.

Au moment de se relever, plein d’allégresse, on admire ce corps redevenu svelte. Le masseur lui aussi est ravi, il offre au patient un dernier tour de main faisant claquer ses doigts en éventail sur les épaules ou le crâne ; cela sonne comme la fin d’une épreuve ; le mal est bel et bien passé pour laisser place à un bien-être retrouvé.

Revenir plus souvent, absolument, et en profiter pour s’inscrire dès le lendemain à des cours accélérés. À défaut, si dans ce voyage initiatique il est prévu une escale dans le Nord du pays, entrer dans une école de Chiang Mai pour se donner aux mains encore plus affûtées et plus sensibles de masseurs ou masseuses qui auront l’art et la douceur des personnes malvoyantes.

Jean Maury
Version révisée par les éditions Gope, février 2017

Texte extrait de Sous le ventre de l’éléphant blanc qui peut être acheté ici

© illustration : HeyItsWilliam, 2012

Maison d’édition indépendante ayant pour vocation de faire découvrir la Thaïlande, Hong Kong, la Malaisie, l'Indonésie, le Cambodge... par le livre

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Christophe Porlier